Il existe à Paris des quartiers qui se visitent et d’autres qui se traversent. La plaine Monceau appartient à une troisième catégorie : on y vient pour un parc, on y reste pour ce qu’il y a autour.
Grilles dorées, avenues portant des noms de peintres, hôtels particuliers devenus ambassades ou musées : ce coin du 8e arrondissement cultive une discrétion qui tranche avec les Champs-Élysées voisins. Tour d’horizon.
Un « pays d’illusions » devenu jardin public
Le parc naît d’un caprice princier, et le quartier en a gardé l’élégance excentrique, jusque dans ses adresses : l’hôtel Relais-monceau à Paris 8 se tient à quelques minutes des grilles, dans cette partie de l’arrondissement où l’on entend davantage les oiseaux que la circulation.
Revenons à l’origine. Entre 1773 et 1779, Philippe d’Orléans, duc de Chartres, confie à Carmontelle la création d’un jardin anglo-chinois censé rivaliser avec Bagatelle et Ermenonville. Le peintre y sème des fabriques : pyramide égyptienne, tentes tartares, moulin hollandais, ruines féodales. Un pays d’illusions, selon ses propres mots.

De la folie d’origine subsistent la naumachie, bassin ovale bordé d’une colonnade corinthienne récupérée d’un monument funéraire démoli à Saint-Denis, et la pyramide. S’y ajoute une arcade Renaissance, vestige de l’Hôtel de Ville incendié en 1871, déplacée ici après coup.
Le parc passe à l’État en 1852, perd la moitié de sa surface au profit des promoteurs de l’époque, puis est redessiné sous Haussmann par Alphand avant son inauguration en 1861. De vingt hectares, il en reste huit. Ce sont les plus soignés de Paris.
Les musées, principale richesse du quartier
Trois anciennes demeures privées font aujourd’hui office de musées, et elles racontent le quartier mieux que n’importe quel guide.
Le musée Cernuschi, avenue Vélasquez, occupe l’hôtel particulier d’un banquier italien qui rapporta d’Asie une collection considérable. Ouvert en 1898, il reste l’un des grands musées d’arts asiatiques d’Europe, et l’un des plus tranquilles.
Le musée Jacquemart-André, boulevard Haussmann, expose la collection d’un couple d’amateurs du Second Empire dans un décor resté intact. Il a rouvert en septembre 2024 après une année de travaux.
Le musée Nissim de Camondo, rue de Monceau, conserve un intérieur XVIIIe d’une rare cohérence et l’histoire tragique de la famille qui l’a réuni. Attention : il fait actuellement l’objet d’une campagne de restauration, vérifiez sa réouverture avant de vous déplacer.
Ajoutez-y le musée Jean-Jacques Henner, à deux pas dans le 17e, pour compléter la série.
L’ambiance : des rues qui portent des noms de peintres
Le détail amuse toujours les visiteurs attentifs. Les voies qui ceinturent le parc s’appellent avenue Vélasquez, avenue Ruysdaël, avenue Van-Dyck, rue Rembrandt, rue Murillo. Cette toponymie date du lotissement du XIXe siècle et donne au secteur une cohérence rare.

Les grandes fortunes industrielles de la Belle Époque y ont bâti des hôtels particuliers dont les jardins donnaient directement sur le parc. Beaucoup abritent désormais des ambassades ou des sièges de sociétés, ce qui explique l’atmosphère du quartier : résidentiel, silencieux, et notablement plus calme le week-end que la semaine.
Ne cherchez pas ici l’effervescence commerçante. Elle se trouve un peu plus loin, rue de Lévis et vers les Batignolles, à quelques stations de métro.
Les tendances du moment
Trois usages dominent aujourd’hui la vie du quartier.
La course à pied matinale, d’abord, autour de l’allée périphérique du parc, devenue un rituel pour les habitants du secteur. Arrivez tôt : le parc ouvre à l’aube et se remplit vite aux beaux jours.
Le brunch du dimanche ensuite, dans les brasseries du boulevard de Courcelles et de l’avenue de Villiers, où la clientèle locale remplace les touristes.
Le tourisme lent enfin : le quartier attire des visiteurs qui préfèrent deux musées et une longue marche à trois monuments en une journée. C’est précisément ce que le secteur sait offrir.
Dernier conseil de circulation : la ligne 2 dessert Monceau et Courcelles, et la station Monceau débouche directement face aux grilles, sous la rotonde de Ledoux, ancien bureau d’octroi du mur des Fermiers généraux.
Le Parc Monceau ne cherche pas à impressionner. C’est sans doute pour cela qu’on y revient.
FAQ : visiter le quartier du Parc Monceau
Quel métro pour aller au Parc Monceau ?
La ligne 2 dessert les stations Monceau et Courcelles, toutes deux situées le long du boulevard de Courcelles. La sortie de la station Monceau donne directement sur l’entrée principale du parc et sa rotonde, ancien pavillon d’octroi du mur des Fermiers généraux.
Quels musées visiter autour du parc ?
Le musée Cernuschi pour les arts asiatiques, avenue Vélasquez, et le musée Jacquemart-André, boulevard Haussmann, rouvert en septembre 2024 après restauration. Le musée Nissim de Camondo, rue de Monceau, fait l’objet d’une campagne de travaux : vérifiez sa réouverture avant de prévoir votre visite.
Pourquoi les rues du quartier portent-elles des noms de peintres ?
Lors du lotissement des terrains au XIXe siècle, les voies bordant le parc ont reçu les noms de grands peintres : Vélasquez, Ruysdaël, Van Dyck, Rembrandt et Murillo. Cette toponymie artistique accompagnait la construction des hôtels particuliers des familles fortunées de la Belle Époque.
Que reste-t-il du jardin d’origine du XVIIIe siècle ?
Principalement la naumachie, bassin ovale entouré d’une colonnade corinthienne, ainsi que la pyramide égyptienne. Le parc a perdu la moitié de sa surface au XIXe siècle et a été entièrement redessiné par Alphand sous Haussmann avant son inauguration en 1861.
Sources
Pour aller plus loin : Le Parc Monceau, le parc romantique à Paris (Sortir à Paris).





